Montceau-les-Chaussettes

Une manufacture de chaussettes mondialement reconnue en plein pays minier ? On avait du mal à y croire, alors on est allé voir.

La fabrique Perrin est une institution à Montceau-les-Mines. Débarqués la veille dans la ville, on s’en rend comte auprès de Montcelliens croisés. « Ah, vous allez chez Perrin? », « Bien sûr que je connais, qui ne connait pas? » Moi, je ne connaissais pas, mais je ne vais pas le dire trop fort. Pourtant, les chaussettes Perrin ont fait parler d’elles ces derniers temps. Attribution du « label patrimoine vivant » qui récompense le savoir-faire à l’ancienne, passage dans un Capital sur M6 consacré au made in France. Petit coup de buzz avec un envoi de chaussettes à Emmanuel Macron, qui s’est fendu d’une réponse sympa pour la fabrique Montcellienne.

« On fait même du caleçon réversible… » Bon, faut le laver avant de l’utiliser, l’autre côté, hein!

La manufacture se trouve en pleine ville. Un grand bâtiment en brique. C’est Constance qui nous accueille et nous fait visiter. Car la fabrique se visite bien sûr. Comme un musée, mais incroyablement vivant. On compte environ 2500 visiteurs par an. Constance a commencé dans une des boutiques de l’entreprise. « On en a 8 en France, moi j’étais dans celle de Nantes, mais toute la production se fait ici. » 

La manufacture Perrin est née en 1924, rien que ça. Elle a été créée par Francis Perrin (rien à voir avec l’acteur, dommage) et ne s’est jamais arrêtée depuis. C’est une entreprise familiale. Actuellement, c’est la 4ème génération de Perrin qui est aux manettes.

Plusieurs marques sont fabriquées ici : Perrin, Dagobert à l’envers, la chaussette Française et Berthe aux grands pieds, qui ont chacune leur petite réputationIls produisent également pour d’autres, comme le Slip Français (qui reste à mon avis un des meilleurs noms de marque de ces dernières années), Dior, ou Jacadi. « Notre savoir-faire est recherché ». Chaussettes, collants, gants, bonnets, slips, caleçons, pulls, écharpes… « On fait même du caleçon réversible« . Incroyable, réversible. Bon, faut le laver avant de l’utiliser, l’autre côté, hein !

Attribution du « label patrimoine vivant », qui récompense le savoir-faire à l’ancienne

Après les explications sur la riche histoire et le différentes marques, on plonge dans l’antre de la manufacture Perrin. Ici, pas de grandes chaines, pas de cadences infernales. On sent les ouvriers attentionnés. Ils ne sont que 80, ce qui peut créer une ambiance plus saine que dans des méga-structures. Les réserves, le coin de chaussettes, des collants, le coin du remaillage (à la main, à l’ancienne), le visitage (la vérification finale), le repassage, le formage (oui, faut bien lui donner l’angle de votre cheville à cette chaussette), le bureau d’étude situé au milieu de la manufacture et où les ingénieurs ont l’air plutôt décontract’…

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On apprend tout sur la fabrication. Les petits secrets et les savoir-faire ancestraux qui se passent de générations en générations. Saviez-vous en fait que des collants, hé bien c’est juste deux grandes chaussettes qu’on assemble ensemble ?

Man vs Machine

Les chaussettes sortent des machines ouvertes, comme un tube, en cylindre, et sont terminées minutieusement. Les bonnetiers s’affairent. Un bonnetier, c’est celui qui alimente la machine en fil. Les machines peuvent sortir des chaussettes différentes en fonction de leur nombre d’aiguilles. Petites, grandes, avec ou sans élastique, avec des bouclettes…

Au milieu des 80 machines à tisser, on remarque de vieux coucous d’un autre âge. La manufacture est la dernière en France à utiliser de vieilles machines anglaises des années 50. Des Bentley Komet, qui offrent un maillage particulier. C’est Gérard qui s’en occupe. Dans la maison depuis 30 ans, c’est un peu le magicien des vieilles machines. « Les pièces n’existent plus. On doit se débrouiller avec les pièces qu’on a sur place. Mais elles tournent toujours, c’est beau ». Et c’est vrai que ces machines ont de la gueule.

Après un passage par le quai de chargement (« on exporte en Europe, Allemagne, Belgique… Un peu au Japon aussi, mais l’essentiel se vend en France« ), on se dit que Perrin a réussi, à l’heure où la production textile française s’est effondrée depuis 30 ans, à conserver de sa superbe grâce à son savoir-faire.

On finit au magasin. Y’a de la couleur, des produits un peu fous, et on peut repartir avec des chaussettes (et tout le reste) à prix réduit. La manufacture Perrin, c’est un coin de classe à la bourguignonne à connaitre, et à essayer.

Texte : Antoine Gauthier
Photos : Cédric De Montceau

Bonus photo !

 

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