La croisière s’amuse, dans la Bresse

Une après-midi dans le love boat à la bourguignonne, avec soleil et dégustations.

La Bresse est à la France ce que l’Arkansas et l’Oklahoma sont aux USA. C’est notre Midwest à nous. On pense grande plaine, on pense maïs, on pense poulet bien sûr. Et pas assez bateau ! Alors que, comme de Marseille ou de Gênes, on peut partir en croisière de Louhans, capitale de la Bresse bourguignonne.

« Je suis né sur une péniche ! Quand je ne suis pas sur un bateau, je m’ennuie ». Alain, capitaine du Moussaillon.

J’ai toujours une petite larme à l’œil quand je vais à Louhans. Souvenirs. J’y allais avec ma grand-mère quand j’étais minot et j’y retourne régulièrement. Je ne vais pas vous faire la retape pour la ville aux 157 arcades, mais si vous n’êtes jamais allé sur le marché du lundi, il vous manque quelque chose dans votre vie. C’est un des plus réputés de France, depuis 1262. Presque 900 ans, quoi…. Des milliers de personnes s’y rendent tous les lundis. Un vrai marché aux bestiaux doublé d’un marché/bazar qui occupe toute la ville. La quintessence du terroir à portée de main. Une petite tête de veau, du fromage fort, des grenouilles, un verre de blanc. La vie.

Le capitaine du Moussaillon, à la barre

Calé à quai le long du Palace (la salle polyvalente de la ville, mais Palace ça en jette plus que « salle des fêtes » franchement), on trouve Le Moussaillon, le bateau de croisière de Marielle et Alain. Ce couple de passionné a quitté le milieu de la croisière de masse pour s’installer le long de la Seille. « C’étaient des énormes bateaux-hôtels sur le Rhône et la Saône. On n’avait plus de rapport avec les clients, ça devenait un peu l’usine ; on avait besoin de revenir à des choses plus simples », nous confie Marielle, qui s’occupe des commentaires à bord pendant la croisière. Son mari, Alain, le capitaine, vient d’une famille de marinier. « Je suis la 4ème génération. Je suis même né sur une péniche ! Quand je ne suis pas sur un bateau, je m’ennuie ».

Vivant dans le coin, le couple rachète un bateau de 30 mètres et le fait naviguer sur la Seille à train de sénateur de 10km/h, tranquille. La vitesse est limitée pour protéger les berges, ce qui est pas plus mal. On chill, relax, au fil de l’eau.

Une impression de bout du monde

La croisière peut être agrémentée d’un goûter ou d’un apéro dinatoire !

La Seille déboule des montagnes du Jura et se jette dans la Saône. Elle n’est navigable que de Louhans jusqu’à à la Saône. 39 km de bonheur, une impression de bout du monde. « On est dans la zénitude », me glisse mon voisin de banquette.

Des poissons (et des pêcheurs) en masse : carpes, sandres, silures bien sûr (qui se planquent dans des trous d’eau, les fameux « trous du diable » de plus de 10 mètres de profondeur), des oiseaux en pagaille (martin-pêcheurs, hérons). Une flore luxuriante : aulnes, saules, roselières. Parfois, on se croirait dans la mangrove tropicale avec le soleil et la chaleur.

Pendant la croisière, Marielle nous parle de la Bresse, de ses rivières, de son histoire, avec des petites anecdotes à pas piquer des vers. Toujours le sourire aux lèvres, elle forme une vraie équipe avec son mari pilote. C’est d’ailleurs elle qui va tourner les manivelles des écluses à chaque passage. Des écluses sur la Seille ? Oui, quatre en tout, construites au début du 19ème siècle pour faciliter la navigation. À l’entrée de la première écluse, on rencontre un groupe de jeunes qui se baignent. « La rivière est peu polluée, y’a peu de bateau, elle vient directement du Jura. On s’y baigne tous les ans », nous glisse Marielle.

On passe par le port de Branges, par son moulin, et on goûte les spécialités locales. Car Marielle nous a servi le goûté bressan : tarte au sucre et corniottes (sorte de grosses chouquettes). En effet, il y a différents types de croisières à bord du Moussaillon. Celle avec le goûter bressan, mais aussi les apéros dînatoires. Le bateau peut même vous emmener manger au resto et visiter Cuisery, le fameux village du livre, à côté de Tournus, pour une croisière plus longue. Au retour à Louhans, on passe devant l’atelier fluvial également tenu par Marielle et Alain. « Quand on a commencé avec le bateau, on n’avait nulle part où le réparer dans le coin, alors on a monté notre atelier ».

J’étais en plein ouest sauvage pendant deux heures, porté par le rythme de l’eau et la voix de Marielle. Hors du temps. Je suis Humphrey Bogart dans African Queen. Dans la Bresse. Une vraie happyness therapy !

Osez les expériences, ici et ici.

Texte : Antoine Gauthier
Photos et vidéo : Édouard Roussel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *